Chemtrails

Discrete Punchlines / par Hugo Pernet

bien

bon, ne t’inquiète pas. je suis sans cesse entre le haut et le bas. mais je suis fragile et tout me blesse, j’ai toujours eu cette sensibilité la. pour ce qui est de l’art, disons que la vision que j’en ai est assez éloignée de ce que la plupart des gens s’imaginent. quand je travaille, je ne crois vraiment pas le faire pour moi. c’est un vrai plaisir, mais j’ai le sentiment de travailler pour la communauté, si ça peut encore avoir un sens aujourd’hui. je le fais sans doute de manière égoïste, et pour un tas de raisons égoïstes, mais quand une œuvre me paraît réussie je sais qu’elle ne l’est que pour des raisons collectives. c’est la différence qui peut exister entre une pratique amateur et une pratique dite professionnelle. l’amateur fait quelque chose pour son propre plaisir, et c’est tout à fait louable. mais le professionnel, qu’il soit artiste ou footballeur, le fait pour des raisons qui le dépassent. il fait sensiblement la même chose, mais le contexte change complètement l’appréciation de cette activité. le journal local en Côte d’or s’appelle Le Bien Public. c’est à peu près l’idée que je me fait de mon activité. je suis tout à fait conscient du fait que personne ne me prend au sérieux là dessus, mais je suis intimement persuadé que les artistes créent quelque chose qui appartient dans le temps à tout le monde. un truc qu’on appelle l’inspiration, par exemple, et qui traverse les époques. comme dirait Frank O’Hara, quelque chose qui nous prouve qu’on ne regrette pas complètement d’être en vie. si ce truc là n’existait pas, je ne crois même pas qu’il y aurait de communauté ou de culture, peut-être même pas de vie. après ça n’est pas avec cet argument que je compte convaincre mes contemporains de me donner une place plus décente dans la société. mais tant pis. c’est à ça que je crois, et je suis sûr d’avoir raison sur eux.

(extrait d’une conversation facebook avec mon frère)

radis

La seule consolation, quand on ne vend pas bien son travail, c’est de se dire qu’on n’est pas un artiste « commercial ». La radicalité comme refuge contre la radicalité comme produit.

spaghettis

Chanson merdique

 

une nouvelle forme
de violence
 
deux ordres s’annulent

Rien de mieux que le bruit du lave-vaisselle, celui de l’imprimante. Ces objets dans des pièces différentes, autour de nous. Ils peuvent entrer et sortir du poème.

je vois tout d’un coup

Une ligne traverse le cerveau, précédée d’un point. Plusieurs rayons sortent du crâne – spaghettis glissant par les trous d’une passoire. L’eau brûlante s’évapore au contact de l’évier.

 

(poème inédit, janvier 2014)

gras

plonger la main dans ce paquet bruyant
d’où sortent les mots en désordre
et alors ? tous sont salés
tous craquent sous la dent

miettes

Bonjour Samuel, je t’envoie ce poème au débit chaotique, dont les enjambements sont conçus comme de petites pertes de temps insupportables. La forme oscille entre rap de merde et comptine moyenâgeuse, le contenu est à l’avenant. C’est le genre de poème qu’on écrit quand on a mal à la bite, le cœur en miette et le cerveau qui fond.

(Lettre à Samuel Rochery à propos d’un mauvais poème, ici remplacé par sa description)

baïne

D’abord peintre minimaliste et appropriationniste, j’ai lentement appris à me laisser emporter. Chaque peinture est la seule peinture qu’on puisse faire : si elle fonctionne, c’est qu’il n’y a pas d’autre chemin à emprunter. Pris dans un courant de baïne, il ne faut pas opposer de résistance. On me récupérera au large de la côte.

(Puisqu’on me demande encore un texte sur ma « démarche » – 2)

pelles

il enterre des pelles
quand il n’a plus rien pour creuser
il s’allonge directement sur le sol
c’est quoi ce monde