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par revuespam

Voir la photo d’une œuvre d’Art, ce n’est pas voir une œuvre d’art. Je ne parle pas en termes d’aura ou d’essence mais en purs termes matériels : l’échelle d’une œuvre, l’impact de la couleur, l’agencement de l’exposition etc. rendent les intentions lisibles, tandis que la photographie est aveugle à la réalité pragmatique de l’art. Les sites internet comme Contemporary Art Daily nous donnent le sentiment d’avoir accès à toutes les plus belles expositions du monde, mais il ne faut pas oublier que nous n’en voyons que des photographies. Ce n’est pas en multipliant les angles de vue sur une sculpture (comme pour l’exposition de Tauba Auerbach à Standard/Oslo) – par un étrange retour du positivisme photographique – que nous aurons une meilleure idée de ce à quoi ressemble réellement cette sculpture. Je dirais même que cette tendance à sur-photographier les expositions (avec le numérique, faire une ou mille photos ne change pas grand chose) crée l’illusion d’un monde fait de white cubes parfaits – d’un blanc d’autant plus parfait qu’il peut-être retouché sur un logiciel – contenant des expositions parfaites : n’importe quelle exposition de n’importe quel artiste, en fait. Ce qui est tout à fait fascinant, si on considère l’histoire de l’art comme une œuvre collective idéale produite par des artistes dont l’originalité n’est qu’un archétype, une facette de toutes les formes possibles de l’art contemporain – mais un petit peu inquiétant du point de vue de la réalité de la création et de la difficulté à répondre individuellement à une vocation artistique.

Les expositions, les œuvres d’arts se font selon l’air du temps, il est impossible d’y échapper. Mais artistes, critiques et commissaires partagent une responsabilité : faire advenir l’art de leur époque. Il y a un exorcisme à pratiquer, et il se pratique nécessairement sur le corps du possédé – c’est-à-dire sur soi-même.

Les artistes de ma génération ont eux aussi étés formés par les images, des images encore prises dans un contexte : des catalogues, des revues. Et déjà sur internet. Avec un peu de recul, je pense que c’est pour me déposséder de ces images que j’ai réalisé des peintures en négatif, bien souvent à partir d’œuvres que je n’avais jamais vues. Ca n’était pas une ‘idée’ : je voulais voir de vraies peintures – les faire pour les voir. Arracher ces images à l’histoire pour les ramener dans le présent. C’étaient les seules peintures que je pouvais faire, les seules peintures possibles. C’était un point de départ. Puis j’ai commencé à mentir, à créer de ‘faux’ négatifs : des compositions presque identiques, mais dont l’original n’existait pas. Un point de non-retour, comme dans ces histoires de mondes parallèles qu’on traverse sans jamais retrouver le monde d’origine. À partir de là, il fallait user d’une autre logique, se laisser porter par la peinture, se débarrasser des idées. Je me suis remis à croire au destin, à la vocation. J’ai décidé d’honorer mon ‘don’ pour la peinture. Je ne sais pas si c’est très sérieux, parce que j’ai toujours un peu envie d’en rire. Mais je suis sûr que ça n’a rien d’ironique ou de cynique. J’ai une folle envie de peindre, de voir et de faire des expositions, de lire et d’écrire – et pas seulement de passer mes journées sur internet à regarder les photos idéales d’un monde de l’art idéal.

http://www.contemporaryartdaily.com/2013/10/tauba-auerbach-at-standard-oslo-2/

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