dauphin

par revuespam

(pour Anne-Zoé, quand elle avait onze ans)

Toute personne qui ouvre un jour un livre de poésie (sans y être forcée) accroche dans sa chambre un poster de dauphin. C’est le décor du poème tel qu’on l’imagine : un monde dans lequel les dauphins sont beaux et poétiques par nature. Alors que les dauphins sont beaux dans la nature, mais pas du tout sur les posters. Le vrai dauphin nage peinard dans la baie parce que personne ne le regarde, personne ne le voit comme dauphin. Chacun a son violet et son turquoise en tête, chacun ses éclats de lumière argentée.

L’idée toute faite de la poésie c’est que la vérité est vraie, que la beauté est belle et la poésie poétique. En fait, la poésie a sa propre vérité et elle ne correspond pas forcément à celle que nous connaissons déjà. Le poème n’est pas un message (sous forme littéraire) envoyé par l’auteur au lecteur. Si tu essaies de le comprendre comme ça, tu vas chercher des significations cachées, tu vas te demander « mais qu’est-ce qu’il a voulu dire ? (Et pourquoi tant de mystère, du coup) ». Mais ce n’est pas ça. La poésie est un art.

J’essaie de faire en sorte que mes poèmes soient de vrais poèmes comme les dauphins sont de vrais dauphins. Le poème dit quelque chose de la réalité par ce qu’il est en tant que poème, et la forme qu’il prend n’a pas d’explication évidente. Bien sûr, on peut parler de la théorie de l’évolution, étudier son milieu naturel, dire un mot de l’impact de la pollution – et alors ça devient plus facile à comprendre : mais à la fin rien n’explique réellement que le dauphin soit comme ça. Il faut faire avec. J’espère que tu sauras.

PS : je suis sûr que tu n’as jamais aimé les dauphins

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