bien

par revuespam

bon, ne t’inquiète pas. je suis sans cesse entre le haut et le bas. mais je suis fragile et tout me blesse, j’ai toujours eu cette sensibilité la. pour ce qui est de l’art, disons que la vision que j’en ai est assez éloignée de ce que la plupart des gens s’imaginent. quand je travaille, je ne crois vraiment pas le faire pour moi. c’est un vrai plaisir, mais j’ai le sentiment de travailler pour la communauté, si ça peut encore avoir un sens aujourd’hui. je le fais sans doute de manière égoïste, et pour un tas de raisons égoïstes, mais quand une œuvre me paraît réussie je sais qu’elle ne l’est que pour des raisons collectives. c’est la différence qui peut exister entre une pratique amateur et une pratique dite professionnelle. l’amateur fait quelque chose pour son propre plaisir, et c’est tout à fait louable. mais le professionnel, qu’il soit artiste ou footballeur, le fait pour des raisons qui le dépassent. il fait sensiblement la même chose, mais le contexte change complètement l’appréciation de cette activité. le journal local en Côte d’or s’appelle Le Bien Public. c’est à peu près l’idée que je me fait de mon activité. je suis tout à fait conscient du fait que personne ne me prend au sérieux là dessus, mais je suis intimement persuadé que les artistes créent quelque chose qui appartient dans le temps à tout le monde. un truc qu’on appelle l’inspiration, par exemple, et qui traverse les époques. comme dirait Frank O’Hara, quelque chose qui nous prouve qu’on ne regrette pas complètement d’être en vie. si ce truc là n’existait pas, je ne crois même pas qu’il y aurait de communauté ou de culture, peut-être même pas de vie. après ça n’est pas avec cet argument que je compte convaincre mes contemporains de me donner une place plus décente dans la société. mais tant pis. c’est à ça que je crois, et je suis sûr d’avoir raison sur eux.

(extrait d’une conversation facebook avec mon frère)

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