flemme

par revuespam

2017

Toutes les peintures sont fausses jusqu’à ce qu’on en réussisse une. Chaque peinture est la seule peinture qu’on puisse faire, et presque toutes les peintures sont des fakes. Ce qui se passe dans un tableau se passe ici et maintenant, c’est une preuve de vie.

2018

Récemment, je me suis refusé à repasser une couche de peinture par-dessus un monochrome abimé par trois ans de stockage. Je ne sacralise pas les peintures, mais un tableau n’est pas un mur. On le fait une fois pour toutes.

Ce que je dis passerait facilement pour de la superstition, et j’ai toujours un vieux fond mystique étouffé par l’humour (c’est ce qu’on appelle l’ironie, je crois). La conjonction dont je parle n’est pas cosmique, ou peut-être que si, mais en tout cas elle peut tout aussi bien être purement structurelle : peint d’une certaine manière, à un certain moment, dans un certain contexte. Repasser une couche de peinture revient à effacer la peinture.

On dirait que j’essaie de me convaincre moi-même d’avoir fait le bon choix, un peu comme les manifestes modernistes abusent de l’affirmation pour imposer leur vérité. Pour être tout à fait honnête, je dois dire aussi que j’ai eu la flemme, ou que j’ai manqué de courage.

Je fais attention, dans ma production artistique, à ne pas surproduire. Je fais toujours quelques peintures de trop, et dès que j’ai l’impression de produire des fakes, des objets qui s’ajoutent inutilement au monde, je suis obligé de m’arrêter et de chercher à nouveau le point de patinage (oui, je viens d’avoir mon permis de conduire). Tant pis pour moi et ma carrière : je ne suis pas sûr que tous les artistes en fassent autant.

Il n’y a rien que je respecte plus que les artistes. Je suis d’une indulgence sans fond pour les artistes. Je méprise tous ceux qui méprisent les artistes, ou prétendent les aimer quand ils se servent d’eux pour des raisons égoïstes. Mais, c’est vrai, je méprise aussi les artistes qui produisent des fakes, qui se servent de l’art pour des raisons égoïstes.

En décembre, j’ai peint des lanternes en vert turquoise, orange saumon et violet. Je crois qu’il n’y en a aucune de réussie. Elles sont toutes un peu réussies et un peu ratées. Dans ce cas, tant pis, c’est la série qui prime. De la même manière, tout ce que j’écris sur l’art est un peu faux.

C’est pour ça que je n’écris pas grand chose. Je ne sais pas comment font certains artistes pour croire aussi sérieusement à leur truc. Le trop plein de sérieux me donne toujours envie d’éclater de rire. Et en même temps je n’aime pas les gens qui ne travaillent pas sérieusement à leur truc, quand bien même le truc en question aurait l’air complétement débile (genre peindre des monochromes, des bananes ou des bonhommes de neige).

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